Justice ou injustice?



Le déprimé a souvent tendance à se dire que sa situation est profondément injuste. Il s’en plaint régulièrement. Pourtant, si on compare sa situation à celle de tous les êtres humains présents sur Terre, on se rendra vite compte en général que sa situation est plutôt dans la moyenne avec effectivement un certain nombre d’aspects difficiles mais également beaucoup d’aspects positifs.

L’exemple classique est celui de l’africain qui meurt de faim. En se comparant à lui, on voit tout de suite que nous avons une grande chance. Néanmoins, cela ne suffit pas à nous consoler car cet exemple nous semble lointain et donc peu susceptible de nous atteindre. Pourtant, nous aurions pu naître en Afrique et avoir des problèmes pour trouver de la nourriture. Tout cela pour dire qu’il y aura toujours plus pénible ou plus enviable autour de soi.

La souffrance morale commence lorsque l’on n’accepte pas une réalité. Le changement d’un état, d’une situation nous oblige à effectuer une transition psychologique que nous ne sommes pas forcément en mesure de réaliser. C’est alors que naît l’injustice dans notre esprit.

Au début de ma thérapie, cette notion me revenait souvent à l’esprit. Je me disais régulièrement : « pourquoi je souffre ainsi, la vie est vraiment injuste avec moi ». Et puis un jour, un thérapeute a fini par me dire : « effectivement, la vie est d’une manière générale particulièrement injuste. C’est une douce illusion, véhiculée par les médias, que de croire que la vie est juste et facile ». Depuis ce jour, j’ai mis une partie de mes idéaux au placard et j’ai compris que l’injustice relative de la vie était une réalité et non un fantasme engendré par ma dépression.

L’esprit subjectif du sujet dépressif l’empêche d’être lucide et de bénéficier autant des situations positives (qu’elles soient justes ou injustes) qu’il souffre des situations négatives (qui sont pourtant parfois justes). Prenons un exemple tout bête : le cas d’un examen scolaire. Un dépressif réussissant son examen routinier se dira : « ouf, j’ai eu de la chance ». Un dépressif ratant le même examen se dira : « je n’ai vraiment pas de chance ». Pourtant dans les deux cas, la chance n’entre pas en ligne de compte dans la réussite dans un examen. C’est la compétence de la personne qui fait la réussite ou l’échec. Le dépressif a souvent tendance à chercher des excuses et des explications externes pour justifier un échec comme une réussite. Dans certains cas, le dépressif ira même jusqu’à endosser de manière exagérée un échec en s’attribuant la responsabilité de la situation alors que bien des circonstances extérieures entrent en ligne de compte. C’est la victimisation (pour attirer un oeil bienveillant sur son triste sort). A contrario, il endossera très rarement les réussites et aura tendance à minorer leur impact car le dépressif n’est pas capable de réaliser des choses positives selon lui donc s’il ne peut pas les réaliser, il ne peut pas les apprécier.






Un commentaire sur “Justice ou injustice?”

  1. heitzmann dit :

    Qu’il y ait des injustices dans le monde, je ne le nie pas. Mais, se dire que nous n’avons qu’une vie n’est pas un scoop. Au lieu de nous morfondre, ne devrions nous pas envisager d’agir?
    Au quotidien, en étant très agréable avec les autres, et même avec la caissière du supermarché ou tout autre quidam rencontré derrière un guichet.
    Agir aussi en intervenant dès qu’une situation ne nous paraît pas acceptable. Et nous dire aussi que la solitude n’est pas synonyme de déprime et que c’est aussi une donnée de liberté?
    Essayer d’être au lieu de subir.
    Pas mal, non?

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