Un phénomène de société



La dépression touche actuellement près de trois millions de personnes en France. Cela représente tout de même une personne sur 20. Il est donc presque certain que vous avez dans votre entourage personnel et/ou profesionnel des personnes dépressives. Vous vous demandez sûrement quelle attitude adopter vis à vis d’une personne dépressive.

C’est une question très complexe car il faut déjà identifier la dépression et ne pas la confondre avec une déprime passagère, un manque d’énergie ou une autre maladie. Ensuite, je crois que le mieux vis à vis d’une personne dépressive est de rester naturel. Adopter une attitude de pitié ou de complaisance excessive n’aura probablement pas l’effet escompté. Cela renforcera la personne dépressive dans l’idée qu’elle est inférieure et qu’elle ne mérite que la pitié. En outre, elle recherchera cette pitié, signe que dans le regard des autres, elle est bien identifiée comme étant en souffrance. Ce n’est donc pas forcément lui rendre service que de dire à un dépressif que l’on comprend sa douleur et que c’est une situation vraiment très difficile. Cela revient en quelques sortes à justifier l’ampleur du trouble. Pourtant, la souffrance morale exacerbée est la réaction de la personne dépressive face à une situation qui pourrait passer de manière bien plus transparente chez une personne ne souffrant pas de la dépression.

Et c’est bien là que le bas blesse. La personne dépressive souffre d’une vision déformée de la réalité qui entraîne chez lui des réactions disproportionnées face à des situations souvent très communes. Il est donc important d’écouter la personne dépressive, d’entendre sa souffrance mais pas forcément d’abonder dans son sens car cela me semble être une solution de facilité à court terme qui n’a pas d’effets positifs en vue d’une rémission. Il faut mieux faire preuve d’une attitude neutre et tenter de lui faire entrevoir des solutions qu’il doit être en mesure d’envisager et de s’approprier lui même. La personne dépressive aura souvent tendance à rejeter les solutions toutes faites proposées par les autres car elles lui sembleront être des chemins inconnus et donc risqués. En outre, cela serait une opportunité de s’en sortir et cela peut être vu comme un risque. Suivant le stade de la dépression, la personne dépressive n’est pas forcément dans l’optique de s’en sortir car cela signifierait de passer d’un état certes pénible mais bien connu à un nouvel état, relativement inconnu et donc présentant des risques et principalement celui de devenir heureux et donc de ne plus bénéficier de la même attention que lorsque l’on était dépressif.

J’ai fait cette petite démonstration pour bien montrer que l’univers du dépressif est vraiment à part. On n’y entre pas facilement et on n’en sort pas le dépressif s’il ne le souhaite pas vraiment. Pénétrer dans cet univers présente le risque de se confronter à des difficultés lourdes à assumer. Il faut donc être capable de conserver une certaine lucidité. Pour autant, les personnes dépressives doivent être aidées et cela peut parfois passer par des actions relativement simples permettant de leur garder la tête hors de l’eau. Pour ce qui est de les guérir, je crois que malheureusement, il n’y a que le temps et la thérapie qui puissent faire leur oeuvre.






5 commentaires sur “Un phénomène de société”

  1. Julien dit :

    J’adore beaucoup ce chapitre…
    Clair et limpide…
    Et vous où en êtes-vous ? A un stade où vous ne voulez pas en sortir, sur le point d’être heureux ou enfin heureux ??
    Croyez-vous que ce dernier état est d’ailleurs simple question de volonté ??
    La thérapie vous a t-elle aidée ? Qu’en pensez-vous (je suis à un stade où je ne crois en rien ni en personne donc j’ai très peu confiance en un éventuel thérapeute…) ?
    Si je vous les pose c’est que je les connais très très bien ces questions existentielles… ;-)
    Merci d’avance.

  2. Naé dit :

    Je me pose tout de même une question : est-ce forcément une faute d’être dépressif? Je veux dire par là puisque certaines personnes confrontées aux mêmes situations voir à pires ne sombrent pas et ne sombreront jamais dans la dépression, est-ce que c’est juste nous qui nous donnons le droit de nous laisser trop aller sous prétexte que c’est une maladie et qu’au fond on n’y peut rien…alors qu’au final y’a que nous qui pouvons nous en sortir, bien sûr l’aide existe mais c’est tout de même à la personne de s’efforcer et se battre pour remonter, personne ne peut le faire à sa place.
    Si lasse de ces questions sans fin et ces réponses qui resteront toujours subjectives et différentes d’un cas à un autre…
    Ca doit être ca la complexité humaine.
    Mais c’est marrant cette barrière que l’on établit entre soi et les autres avant de se retrouver soi-même dans cet état. Avant on pense qu’il y a une sorte de personne « les cas soc’ » et les autres et quand on gratte, on voit qu’on est tous pareil. Tous embarqués sur le même bateau de la vie, y’a ceux qui atteignent l’autre rive et ceux qui coulent avant, certain font naufrage aussi. C’est bête toutes ces exigences, toutes ces choses que l’on croit acquises alors qu’il en est rien.
    « A quoi sert de gagner le monde entier, si on en vient à perdre son âme? »
    C’est si dur d’être soi quand on a perdu son âme, quand le coeur est vide et que chaque nouvelle journée, peu importe ce que l’on fasse, on n’arrive pas à trouver la paix…
    Il paraît qu’on s’en sort toujours mais personne n’arrive à dire comment, oui il y a toutes sortes de petits conseils mais quand on est au fond du trou et qu’on a pas la force de se hisser vers le haut, c’est sûr que le doute s’installe…ces petites voix au fond de soi qui disent : « et si cette fois c’était la fin? » « et si tu n’arrivais plus jamais à être heureuse, à t’en sortir, à faire quelque chose qui te plaît et à bouger ta vie comme tu l’aurai pourtant tellement souhaité? »
    Réussir sa vie, accomplir quelque chose, devenir quelqu’un, laisser une empreinte, influencer notre monde, être le changement que l’on aimerait voir…toutes ces jolies petites phrases qui ne veulent tellement plus rien dire, qui ne résonnent plus mais fond mal…

  3. Moi dit :

    Ce n’est certainement pas une faute d’être dépressif. Il ne faut donc surtout pas en retirer de la culpabilité.

    La lutte face à la maladie est un combat deséquilibré car on se retrouve à combattre face à un ennemi dont on ne connaît pas la portée réelle.

    La vie, c’est souvent vraiment ce que l’on en fait. On a tous notre destin entre nos mains mais pas tous la même manière et la même capacité à le prendre en main. On n’appréhende pas de la même façon les difficultés. Notre capacité d’adaption est très relative.

    Lorsque tout va mal et que le vent souffle trop fort, il faut savoir faire le dos rond. Le vent finit par faiblir et on peut alors relever la tête.

  4. Chris dit :

    « La personne dépressive souffre d’une vision déformée de la réalité », souffre-t-elle d’une vision déformée justement ou au contraire d’une réelle vision des choses ? Quand on prend une séparation difficile, c’est le fait de voir le monde sans la personne que l’on aime, on sait que rien ne sera comme avant, que dans le court terme (voire long), on ne pensera qu’à la personne aimée, et voire que l’effet de la séparation n’a pas ou peu d’impact sur lui/elle, nous fait encore plus mal. Est-ce que ce n’est pas parcequ’on voit trop justement ce nouveau monde qu’on croit ne pas le surmonter ?

    Est-ce une faute d’être dépressif ? Question que posait Naé (plus haut). Ce n’est pas une faute mais une conséquence. Ca nous arrive dans la tronche sans qu’on en sache réellement les raisons. On doit se reconstruire en sachant que rien ne sera comme avant, et justement si cet « avant » nous plaisait plus que tout, cette phase de reconstruction nous semblera hélas désuète.

  5. moi dit :

    Il faut se reconstruire un nouvel équilibre sans l’être aimé… La vie est un éternel recommencement de ce point de vue. Est ce que l’on peut à nouveau être heureux? Oui mais il faut l’accepter et on est souvent les premiers à lutter contre le fait de pouvoir être heureux de nouveau en dehors de cette relation qui constitue notre référence du bonheur absolu…

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